Est-ce que le crochet est thérapeutique ?

Je m’appelle Valérie.

Le crochet et l’amour ont sauvés ma vie.

Je m’appelle Valérie et je souffre d’une maladie mentale. C’est la mode actuelle. En 2000, les gens avaient mal au dos. En 1990, les gens avaient mal dans leur os. En 2019, les gens ont des maladies mentales.

C’est sérieux la maladie mentale, mais il y a beaucoup de gens ‘’auto-diagnostiqué’’ (merci Google). Il a aussi beaucoup de gens qui croient avoir une maladie mentale qui peut être n’en est pas une.

Je ne suis pas là pour débattre de la pertinence d’un diagnostique ou de l’exagération de la population à s’approprier le mal à la mode.

Je suis ici pour parler de ma maladie mentale. De ma condition à moi. J’ai été diagnostiquée par un médecin et un psychologue spécialisé d’un trouble anxieux généralisé sévère, d’un trouble obsessif compulsif (dermatillomanie). Et je présente beaucoup d’élément de personnalité limite, dépendance et obsessionnelle compulsive. De plus, j’ai un TDAH. À tous les suivis on m’a demandé si j’avais des idées noires ou si je voulais mourir. J’ai toujours répondu non. Je ne peux pas, j’ai ma fille. Elle a besoin de sa maman. On m’a toujours crue.

Quand je l’ai appris en 2018. J’étais surprise, mais pas choquée. J’avais moi aussi fait un tour sur Google dans mes trop nombreuses nuits d’insomnie.

En gros, quand ça va ben, ça va ben en viande à chien. Mais quand ça va mal, ça va mal à en faire mal en dedans des tripes.

Mon mal s’est stabilisé après plusieurs sessions de psychothérapie cognitive (à faire des devoirs à la maison), et de médication. Le problème de la médication s’est qu’il faut faire des essais/erreurs pour trouver la dose qui nous convient. J’ai réussi à retrouver une vie. À rire, à vivre ‘’normalement’’ mes émotions, pas trop fortes, pas trop douce. Juste ce qu’il faut

J’ai fait le tour complet de la variation des émotions et des états d’esprits, pendant le traitement. Je suis allée jouer loin dans mes souvenirs refoulés pour savoir. D’où ça vient. On ne le saura jamais vraiment. Et je ne veux plus le savoir.

J’ai récemment eu une rechute. UNE GROSSE RECHUTE. Depuis quelques mois, je suis de plus en plus yo-yo dans mes émotions. Un rien me fait enrager. Un rien me fait pleurer. On recommence les visites. Le médecin me prescrit un médicament pour le TDAH, me disant que normalement ce médicament devrait m’aider dans le jour. À être focussée, et plus de m’aider à me calmer encore plus étant donné que je serai en contrôle. Alors je me suis mise à ne presque plus dormir. Ou à dormir sous calmants forts. Moins on a de sommeil, moins on va bien. Moins on va bien, plus on craque et quand on craque, on explose.

En une journée, tout le travail fait dans la dernière année, était dans mes larmes, dans mon manque d’air, assise dans ma cuisine par terre, avec mon chien couchée sur moi pour me calmer, mon Homme assis par terre avec moi. À me tenir du mieux qu’il peut. Mais je manque d’air, je me noies. J’étouffe. Je veux que l’air sorte. Je veux revenir parce que j’ai beau paniqué, j’en suis consciente. Je ne peux juste rien y faire. Alors je me marque et me gratte.

Le mot dermatillomanie par définition veut dire : se gratte la peau de façon répétée et souvent jusqu’au sang.

Quand je fais une crise de panique, et que je n’arrive pas à appliquer tout ce que j’ai appris en thérapie, je me mutile. Je me gratte les poumons, pour faire sortir l’air. (ce qui ne marche pas….)je me gratte les mains, les avants bras et les épaules. Je me mutile.

C’est fou. Ce mot pèse lourd dans ma bouche. Je crois même que je ne l’ai jamais dit de vive voix.

Bref.

Je me mutile. Et je me marque. Au moment d’écrire ces lignes, j’ai une main atrophophiée, 3 plaies ouvertes en voie de guérison et une plaie fermée. J’ai une  »égratignure profonde » sur l’avant-bras de près de 3 pouces de long. Fermée aussi. Et j’ai les épaules. J’ai 6-7 plaies, dont une énorme, là où ma bretelle de soutien-gorge passe. J’ai mal à la vie, et j’ai mal physiquement.

Quand je me gratte, je ne m’en rends pas compte. Alors je peux gratter longtemps. C’est quelques heures après quand les plaies commencent leurs processus… là, j’ai honte.

Pourquoi le crochet aurait-il sauver ma vie, si depuis 2012 je crochète?

Parce que malgré les calmants, malgré la thérapie, malgré tous. J’ai besoin de plus. Pour empêcher la mutilation d’arriver. Généralement, j’y arrive. J’occupe mes mains en crochetant. Et des fois, non.

Le crochet a sauvé ma vie dans la dernière année car dans la dernière année, j’ai trouvé le courage que je ne savais pas que j’avais en moi pour monter cette toute petite entreprise de design de crochet, je me suis fait un réseau. J’ai publié à ce jour 3 patrons, qui se sont vendus et pas juste à ma mère ou mon père. J’ai développé des amitiés que je n’aurais pas cru possible. Et ça me botte le derrière à vouloir devenir meilleure de jour en jour. Le crochet pour moi, c’est plus qu’une passion. C’est un mode de vie.

L’amour a sauvé ma vie. Si ce n’était pas de l’amour inconditionnel que l’Homme et de ma fille, je ne serais plus là. L’Homme qui est resté des nuits avec moi juste à me tenir. Qui s’est fait réveiller souvent pour rien. L’Homme qui a pris le temps de me prendre dans ses bras le temps que la tempête passe. Il est resté dans les ouragans, et il reste toujours. Il m’aime malgré tout, comme je suis. Aimer quelqu’un de malade c’est difficile. Et il est là. C’est mon roc sur lequel je me fracasse. Mon pilier sur lequel je m’appuie. Et le coup de pied au cul que je n’ai pas là force de me donner.

Aujourd’hui, quand on me demande si j’ai des idées noires, je réponds non. Mais j’explique aussi que oui, je me demande ce que la vie serait pour mes proches si je n’étais pas là comme un fardeau sur leur tête. Oui. Je me pose la question si ma fille ne serait pas mieux sans moi. Avoir une enfance normale, avec une maman qui joue, qui fait des activités, qui ne porte pas de casque anti-bruit à l’épicerie. Puis je me rappelle que lorsqu’elle a un cauchemar ou un bobo, c’est dans mes bras meurtries qu’elle vient se sécuriser. Je me souviens que c’est à moi la première à qui elle raconte ses aventures de toupies Bey Blade. C’est dans mon lit qu’elle vient se coller pour lire les Astérix de Papy. Juste parce qu’elle ne veut pas que je sois seule. Pour que j’aille mieux. Et je me dis que oui. Je dois continuer de me battre tous les jours, pour elle, pour l’Homme qui lâche ses games d’ordi pour venir me serrer la main pour m’empêcher de me gratter.

À tous ceux et celles qui croient être seuls au monde avec les démons qu’il y a dans leurs têtes, vous n’êtes pas seuls. Je suis là.

À tous ceux et celles qui m’ont dit que je n’arriverais à rien, parce que de me lever le matin me demande un effort surhumain (pas que je suis paresseuse… un peu, mais parce que j’ai peur de ce qui se trouve l’autre côté de ma porte de chambre), je vous emmerde. Je suis propriétaire d’une entreprise et j’ai un travail valorisant à temps plein pour une grosse organisation. J’ai une maison, 2 chiens, un Homme et une fille.

À tous ceux et celles qui ont besoin d’aide, appeler un ami, de la famille, les services de gestions de crises. Ils sont là, en place, pour nous. Pour qu’on s’en sorte.

À vous madame, qui aujourd’hui m’avez regardé acheter de la laine avec du dégoût dans les yeux en voyant mes mains arrachées et à vif. Vous qui m’avez fait pleurer de honte dans ma voiture et jusqu’à la maison. Vous, qui avez dit à la caissière que vous aviez mis des balles de laines dans un chariot, en tenant votre mouchoir, parce que vous pensez que je les ai contaminés. Aller ch… non, ca ne servirait à rien. Trouvez plutôt en vous la lumière. La lumière qui vous fera accepter les autres comme ils sont avec leurs forces et leurs faiblesses.

Prenez un crochet, prenez de la laine. Et faîtes des kilomètres de chaînettes. Vos mains seront occupées, votre cerveau sera concentré à passer le maudit crochet dans le maudit trou. Puis, un jour vous essayerai de faire un foulard, puis une tuque. Et vous vous direz, mes mains sont occupées. Mon esprit est concentré. Et vous saurez que vous aurez un bon bout de chemin de fait.

Vous ne serez pas guéris. Vous serez sur la voie. Et ça, c’est la vie.

Valérie

xx

Un commentaire sur “Est-ce que le crochet est thérapeutique ?

  1. Je t’aime à l’infini mon amie. Tu es forte, belle , charismatique , généreuse . Tu fais de ton mieux jour après jour pour passer a travers les épreuves que la vie t’impose. Yé té respecte énourmément. Xxx

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